Lettre à un chrétien qui étudie en sciences au cégep

Salut cher ami,

Merci de ta lettre dans laquelle tu mentionnes ta difficulté à croire que «l’homme descend du singe », que tu as grandi dans un milieu familial où la théorie de l’évolution est vu comme fausse et contre la Bible. Tu es indécis sur ta posture à avoir avec tes professeurs au cégep qui combattent le « créationnisme » avec virulence dans leur cours. Et aussi avec ta famille, tu es indécis à l’idée d’essayer de comprendre ce que dit la science sur le sujet, alors qu’elle croit que tout s’est fait en six jours littérals de 24 heures.

Je comprends ton indécision. Le point de vu de ta famille et celui de tes professeurs de cégep sont diamétralement opposés et impossibles à réconcilier. Le choix de prendre pour l’un contre l’autre est assurément brutal. Et c’est effectivement un gros problème pour beaucoup de jeunes dans l’église. Mais savais-tu qu’il il a aussi des positions intermédiaires entre les deux?

Dans les faits, il y a une diversité d’opinions dans l’église sur la manière dont Dieu a créé le monde et l’humanité. Toutes ces différentes positions sont soutenues par une recherche sincère d’être fidèle à Dieu et à sa Parole.

Il y a beaucoup de chrétiens qui croient à une création progressive dans le temps. Certains conçoivent une création spéciale de nouvelles formes de vie par l’intervention souveraine de Dieu. D’autres conçoivent la création de Dieu de manière « évolutive », dirigée par Dieu, ou encore de manière totalement naturelle. Tous restent « créationnistes » mais acceptent l’idée que Dieu a créé le monde et l’humanité en utilisant la capacité intrinsèque qu’il a donné à la matière de se diversifier et parfois se transformer par un processus naturel conduit par Lui ou non.

Si je peux me permettre une légère correction dans ce que tu dis : on ne parle pas que « l’homme descend du singe » dans le monde scientifique. C’est plutôt une caricature. On parle « d’ascendance commune »: toutes les espèces font partie d’un arbre généalogique qui remonte à un ancêtre commun, lesquelles se sont transformées et diversifiées au moyen d’un processus naturel qu’on appelle « évolution ». C’est la théorie la plus acceptée aujourd’hui chez les scientifiques.

Ainsi, pour plusieurs chrétiens qui naviguent à l’intérieur des paramètres de la science, la théorie de l’évolution est comprise comme le moyen naturel ou le processus par lequel Dieu a créé toute forme de vie, y compris l’homme et la femme qui trônent au sommet comme image de Dieu. C’est ce qu’on appelle la « création évolutive », comme tu l’a vu dans le livre Origines (1). Cette position affirme que Dieu est le créateur de l’univers - et aussi de l’humanité à son image ; qu’il gouverne et soutient toute chose et il sauve l’humanité du péché par Jésus-Christ, Dieu fait homme.

La particularité de cette position est qu’elle tente de garder en dialogue la Révélation naturelle de Dieu (la creation) et la Révélation spéciale de Dieu (la Bible). D’abord, à travers l’observation du monde telle qu’il se présente à nous, s’observe par nos sens et s’analyse rationnellement par la méthode scientifique, grâce à l’intelligence que Dieu nous a donné. Et deuxièmement, par la révélation spéciale, à travers la Parole de Dieu (et Jésus-Christ comme comme sommet) - telle qu’elle s’interprète grâce à une herméneutique appropriée qui tient compte des genre littéraires de la Bible (notamment celui du prologue du livre de la Genèse). Dans le livre Origines, on parle « des deux livres de la révélation ».

Il est important de mentionner ici la différence entre la théorie de l’évolution (qui peut être acceptée par les chrétiens comme le moyen utilisé par Dieu pour créer le monde) et « l’évolutionnisme » philosophique qui prétend que Dieu n’existe pas, et que seul un mécanisme aléatoire et hasardeux existe et a tout a été créé sans but, ni sens, ni morale, ni finalité.

En conclusion, et pour répondre un peu à ta posture difficile à adopter comme étudiant au cégep avec des professeurs athés, il me semble que la meilleure position à prendre n’est pas de se battre contre « l’évolution » car à ce niveau, vous n’avez pas encore les outils conceptuels et scientifiques pour débattre de la question (très peu de gens ont la capacité de le faire). Mais comme chrétien, la résistance est principalement contre « l’évolutionnisme philosophique athée », en montrant aux professeurs anti-chrétiens que les deux (science et Bible) peuvent dialoguer de manière constructive. La science nous explique le « comment » fonctionne l’univers. Et la Bible nous en donne la « cause », le « pourquoi », le « sens » et l « finalité ».

À la science : le monde naturel et physique. À la religion : le monde surnaturel, métaphysique et moral. Ainsi les deux peuvent cohabiter harmonieusement, comme la raison et la foi pour une vie chrétienne équilibrée.

Je termine en mentionnant qu’il est important, si tu veux vraiment aller plus à fond dans le sujet, pour débattre ou discuter pacifiquement avec tes professeurs ou tes proches, de chercher une meilleure fondation exégétique et herméneutique pour interpréter des textes comme les récits de créations (Genèse 1-4). Et pour cela, il te faudra assurément étudier le livre de la Genèse. Et le genre littéraire des récits fondateurs. Notamment revisiter cette lecture trop simpliste de la Genèse qui consiste à l’aborder sous un angle uniquement « littérale » et « historique ». Le texte est riche en poésie, en symboles et en références aux mythes fondateurs des nations païennes qu’il veut corriger. Une approche que j’estime beaucoup consiste à l’examiner sous un angle plus « littéraire », selon laquelle, à partir d’une lecture littérale, on fait une interprétation plus théologique que scientifique. On cherche à découvrir, comme les premiers lecteurs d’ailleurs, les vérités spirituelles, existentielles et théologiques à propos de Dieu, du monde et de la place de l’homme dans l’univers, sans y chercher à cerner exactement le « comment » et le « quand ». Cela sera beaucoup plus productif dans tes échanges avec les professeurs de Cégep que de chercher à démontrer que « l’évolution est fausse » parce que la Genèse est un récit journalistique et historique sur les débuts de l’univers.

C’est mon avis! Ça vaut ce que ça vaut! Bonne continuité

En Jésus

(1) Déborah B. Haarsma & Loren D. Haarsma (2015) Origines, perspective chrétienne sur la création, l’évolution et le dessin intelligent, Éditions Science et Foi, 363 pages

Bruno Synnott